27 au 31 août 2026, recherches sur le karst de la Rencluse, Massif de la Maladeta (Espagne),
Le séjour d’août 2024 avait permis de remettre les pieds sur ce karst que les anciens de l’interclubs MJC Rodez, Alpina et GAES avaient prospecté en août 1988. Cette année-là, nous étions invités par l’Espeleo Club de Sabadell qui explore toujours ce secteur du massif de la Maladeta (ainsi que le karst de la Paderna plus à l’ouest et celui de l’Escaleta plus à l’est).
Suite à une reprise de contact en avril 2024, nous avons eu le plaisir de rencontrer deux spéléos de ce club (Manel et Tony), avec qui nous avons exploré et projeté de nouvelles explos pour les années suivantes.
Lors du camp d’été de 1988, la cavité la plus importante découverte sur le karst de la Rencluse était le forao RE4. Il est parcouru par un fort courant d’air et sa situation à proximité de la perte de la Rencluse, faisait et fait toujours rêver à la découverte d’un aval important se dirigeant vers le réseau inconnu du forao des Aigalluts. Perte plus connue sous l’appellation erronée de trou du Toro et dont les eaux ressortent dans le Val d’Aran au Guelh de Joèu. Cette relation a été prouvée par la célèbre coloration de Norbert Casteret en 1931.
C’est cette cavité qui a motivé notre retour en 2024. Cependant, nous en sommes ressortis avec le sentiment mitigé que ce n'était pas aussi évident que ce que nous avions en tête. D’une part, l'accès au terminus est assez étroit sur une vingtaine de mètres et avant de progresser vers l'inconnu, il faut commencer par aménager plusieurs passages. D’autre part, le courant d'air est bien présent au terminus, mais une partie s'échappe avant dans des trémies impénétrables qui pourraient ressortir à la surface proche.
Suite à ce séjour, nous étions arrivés à la conclusion qu’une prospection hivernale pouvait permettre d’observer si les cavités restent ouvertes grâce au courant d’air soufflant et se faire une idée plus précise sur les chances d’accéder au réseau profond de la perte de la Rencluse. Mais comme il est difficile de faire coïncider les bonnes fenêtres météos et nivologiques avec les disponibilités, ce projet n’a pas pu se concrétiser lors des deux hivers suivants. Ce n’est que partie remise !
En revanche, cela n’empêchait pas de poursuivre les recherches l’été en rajoutant un objectif, celui de lever la topographie des 4 cavités du secteur, afin d’avoir une idée plus précise de leur positionnement.
Ainsi nous nous sommes retrouvés à 7 au camping Turpi le jeudi 27 août (Aude Hourtal, Anne-Marie et Bernard Piart, Maixent et Marinou Lacas, Éric et Véro Boyer). Manel Llenas du spéléo club de Sabadell ne pouvait pas être présent mais nous pouvions utiliser l’autorisation d’explorer dans le parc, obtenue par ce club chaque année. Nous le remercions vivement, ainsi que son club. Nous avons bénéficié d’une météo parfaite, condition nécessaire pour explorer en pleine montagne.
Vendredi 28, nous nous préparons pour aller au RE4. Cette année nous n’avons pas pu bénéficier du laissez-passer pour aller se garer au parking de la Besurta et nous avons dû prendre les navettes de car. Le refuge de la Rencluse s’atteint en 45 mn de marche.
Le refuge domine la perte éponyme qui absorbait le torrent de la Maladeta avant le percement du tunnel qui trépane une barrière naturelle dans le but de dévier l’eau vers le bassin versant méditerranéen, via le rio Ésera. Le résultat escompté n’a pas été à la hauteur des espérances car une partie des eaux est absorbée par les fractures de la bande de calcaire du Dévoniens. Il est à noter que cette année le débit est plus important qu’en 2024 et une partie du torrent est bien dirigée vers le rio Éséra, une fois arrivé sur les granites.
Après l’équipement du P17, nous allons jeter un œil sur le siphon plongé par David Auterive en 1988. C’est assez émouvant de voir que le fil d’Ariane est toujours présent, presque 40 ans après. Puis direction le point bas de la cavité. Avant de commencer les aménagements, nous désobstruons un boyau, non vu en 2024. Mais cela devient rapidement trop étroit. Pendant que Aude et Bernard prennent en charge le début des aménagements, avec Maixent on s’occupe de la topographie. Au fond, le travail a bien avancé et tout le monde ressort à 17h, heure raisonnable pour ne pas louper la navette de car et être à l’heure à l’apéro !
Samedi 29, c’est le bon jour pour aller se balader jusqu’au bout de la bande calcaire où se perd la perte du Toro (la vrai). L’itinéraire passe au forao des Aigalluts qui englouti les torrents qui dévalent de l’Aneto. Puis plus loin le chemin serpente au-dessus du réseau de l’Escalata qui développe près de 4 km.
Nous en profitons pour visiter les galeries d’entrées de trois accès au réseau. Le creusement est extraordinaire. Notamment celui du S11 qui est creusé dans un marbre blanc. Le siphon du C6 est d’une limpidité à faire pâlir d’envie bon nombre de plongeurs !
Nous finissons la journée en grimpant au Coth des Aranesi (2442 m) dont le sentier longe une autre bande de calcaire indépendante de celle du Forao des Aigalluts.
Dimanche 30, nous ne sommes que deux (Aude, Eric), mais c’est suffisant pour lever la topographie du RE7, du A4, ainsi que de la perte de la Rencluse.
Nous commençons par cette dernière. En fouillant le pied de la paroi est, nous décelons un peu de courant d’air provenant de plusieurs départs pouvant être désobstrués. Du même côté, il existe aussi une diffluence du torrent de la Maladeta qui se perd à quelques dizaines de mètres de là. Il y a de grandes chances que cette diffluence s’échappe vers le Guelh de Joèu (voir le plan d’ensemble pour mieux comprendre).
Nous passons ensuite au RE7 découvert par Véro en 2024. Un net courant d’air y circule. Une désobstruction au terminus serait possible mais sa situation au-dessus du RE4 laisse peu de doutes sur l’existence d’une relation (probablement avec le laminoir situé au sommet de l’escalade de 7 m).
Pour aller topographier la dernière cavité (le A4), il faut traverser le torrent sous la cascade issue du tunnel. La topographie indique que le fond du RE4 se situe à peine quelques mètres en-dessous. S’il n’existe pas de fracture à ce niveau, le torrent peut passer sans s’infiltrer dans la cavité.
Le A4 est un puits de 11 mètres qui se descend en désescalade. Il est creusé, dans une fracture orientée NS. Au fond, les amis du spéléo club de Sabadell ont tenté une désobstruction. Le courant d’air est faible. Trois mètres au-dessus du terminus, une suite étroite est possible dans la fracture. Ça serait à revoir.
En conclusion, nous avons la confirmation que s’il existe une suite au fond du RE4, il ne sera possible d’y accéder qu’après plusieurs séances d’aménagement. C’est donc une affaire de patience… Sachant que ce n’est pas le seul objectif, il sera possible de varier les plaisirs lors de futurs séjours !
Comme évoqué en introduction, une prospection l’hiver, lorsque le manteau neigeux est épais, nous apportera peut-être une réponse sur l’origine du courant d’air. Si le RE4 est fermé, cela pourra signifier que le fort courant d’air en été est créé par une circulation locale. Si par contre, il est grand ouvert et qu’aucune autre entrée n’est ouverte à proximité, il y aura de fortes chances que cette cavité rejoigne l’aval de la perte de la Rencluse. Et dans cette hypothèse, tous les rêves sont permis !
Eric
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